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1 mars 2010

Éthique du Care

Une bonne introduction à l’éthique du care :

« L’enjeu, par-delà les débats féministes et politiques ou peut-être à leur pointe, est le rapport entre général et particulier. Le care propose de ramener l’éthique au niveau du « sol raboteux de l’ordinaire » (Wittgenstein), de la vie quotidienne. Il est réponse pratique à des besoins spécifiques qui sont toujours ceux d’autres singuliers (qu’ils soient proches ou non), travail accompli tout autant dans la sphère privée que dans le public, engagement à ne pas traiter quiconque comme partie négligeable, sensibilité aux détails qui importent dans les situations vécues. Quelle est la pertinence, l’importance du particulier, de la sensibilité individuelle ? Qu’est-ce que le singulier peut revendiquer ? C’est en redonnant sa voix (différente) au sensible individuel, à l’intime, que l’on peut assurer l’entretien (conversation/conservation) d’un monde humain. Le sujet du care est un sujet sensible en tant qu’il est affecté, pris dans un contexte de relations, dans une forme de vie – qu’il est attentif, attentionné, que certaines choses, situations, moments ou personnes comptent pour lui. Le centre de gravité de l’éthique est déplacé, du « juste » à l’ « important ».»

Le care : enjeux politiques d’une éthique féministe

4 décembre 2009

Subobligation et surérogation

« L’extension quasi-infinie de la vie morale vers l’indifférent appelle dans une sorte de symétrie une extension du même type vers des actes moralement bons, ni moralement obligatoires, ni même forcément recommandables. Nous serions cette fois dans la seconde catégorie subvertissant l’obligation du devoir moral « normal », celle de la surérogation, qui excède, elle, cette de l’obligation dite normale. Cette catégorie correspond aux actes auto-sacrificiels, ceux des héros et des saints. En gros, donc, obtenir une amande cacaotée supplémentaire dans une brasserie par le biais d’un petit stratagème douteux est vraisemblablement une faute vénielle, alors que sacrifier notre vie pour sauver un inconnu de la noyade est, par définition, un acte d’héroïsme moral. Tout le problème est que ces deux catégories reposent sur l’idée commune qu’il existe un devoir normal dont la formule et le mode d’application nous seraient clairs.

Or la subobligation et la surérogation finissent par dissoudre la clarté du devoir dit normal. C’est ce que nous venons de constater en examinant l’univers complexe du véniel et de l’infravétatoire. C’est ce qui peut également transparaître de l’examen de la surérogation. »

Jean-Cassien Billier, Subobligation et surérogation : la logique morale en question

9 août 2009

Le dernier homme

Imaginons que Friedrich soit le dernier homme sur Terre. Imaginons que Friedrich décide de supprimer tous les êtres vivants qu’il croise, plantes ou animaux.

Pourrions-nous dire de Friedrich qu’il agit mal en se conduisant ainsi ?

28 juillet 2009

Ne pas nuire aux autres, rien de plus

« À écouter Ruwen Ogien, on est pris par un grand vent salubre et provocant. Il y a quelque chose de revigorant dans ces pensées sociales radicales qui n’hésitent pas, pour nous désengluer de la gangue d’une morale publique devenue ingérable à force de complexité, à trancher dans le vif et à battre en brèche ce qui n’avait jamais vraiment été discuté jusqu’à maintenant : l’assimilation entre soi-même et autrui, la nécessité de ne pas se permettre ce qu’on interdit aux autres, l’obligation de sauvegarder son être, son corps, sa santé et de respecter des valeurs générales ayant une incidence sur ses choix de vie de la même manière qu’on impose des prescriptions à autrui. C’est ce télescopage entre les droits et les devoirs pour soi et ceux à appliquer aux autres que Ruwen Ogien cherche à réduire à néant en mettant en évidence le seul impératif qui lui semble adapté à notre existence collective d’aujourd’hui : ne pas porter atteinte à d’autres que soi en se laissant la plus grande autonomie et liberté possible. Tout ce qui ne relève que de soi est permis. C’est bien d’un grand « décapage » qu’il s’agit et qui incite ce philosophe à dénier l’identité « du suicide et du meurtre, de l’automutilation et de la torture, de l’absence de souci de sa propre perfection et de l’abaissement délibéré d’autrui »

Vive les esprits forts !

5 juillet 2009

Merde à l'écologie !

« Tout cela ne faisait de mal à personne, puis l’écologie nouvelle est arrivée, pas celle des marguerites et du foin, l’écologie majuscule, la sérieuse, la consciente de…, la responsable de…, celle qui pèse en politique, celle sans qui l’apocalypse serait pour demain matin.

Je suis resté sur mes positions, je me suis rapproché des zones industrielles, j’ai mangé du maïs muté, j’ai aérosolé ma maison, mais j’ai bien senti que je n’étais plus aussi libre de mon inconséquence, l’écologie, on avait plus le droit de s’en foutre. On a d’ailleurs plus droit de se foutre de rien.

Pourquoi ? Parce que la morale.

Pris entre les mâchoires du bien et du mal, le destin de l’inconséquent est d’être mastiqué. L’écologie l’a bien compris, la morale est une arme de construction massive. Après des années de présence virtuelle, et prenant exemple sur de glorieuses réussites antiques, elle se désigne désormais comme l’incarnation du bien commun (le bien commun se définissant comme le bien que l’individu ressent mal). Incarner le bien commun impose des concessions à la tolérance et un détour obligatoire par les chemins de la culpabilité.

Morale et culpabilité partagent siamoisement leur espace.

Le culpabilisateur laïque est la grande figure du monde contemporain. Par un étrange glissement, l’intolérance a quitté sa soutane. Après des siècles de dévalorisation orchestrée par saint Augustin et ses disciples, autour du péché originel qui fit de nous des êtres de faute, nous révélant que le geste le plus anodin, comme croquer une golden dans un jardin, pouvait entraîner une catastrophe collective éternelle, la culpabilité est sortie des églises. »

Antoine Senanque, Merde à l’écologie !

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